CM2 – Une tablette en classe canal – Regards croisés.


IMG_4332Lors d’un séjour sur le Canal de Nantes à Brest, la classe de CM2 de l’école Philippe Meirieu, à Plougoumelen, a mis en œuvre un projet d’utilisation d’une classe mobile iPad afin de réaliser un cahier journal, relatant les expériences vécues lors du voyage, mais également de pouvoir utiliser ce matériel à des fins de recherches documentaires et d’investigations scientifiques.

Article co-écrit par : Xavier Bosschaert, Enseignant de la classe de CM2, Benoit Piquemal, CPC de la circonscription d’Auray, et Pierre Yves Jouan, formateur TICE à l’ESPE de Bretagne.

Les objectifs :

  • Utiliser des outils TICE pour rédiger un journal de bord
  • Collaborer et mener un projet en binôme
  • Utiliser des outils TICE pour accéder à des ressources documentaires préalablement téléchargées.

Le contexte :

L’école Philippe Meirieu compte 25 élèves de CM2, 12 filles et 13 garçons.

Un des projets de cette classe, pour l’année 2014-2015, a été de construire un séjour sur le canal de Nantes à Brest entre Redon et Pontivy. Ce séjour s’est déroulé du 1er au 5 juin 2015.

En amont du séjour, la classe a travaillé sur la mise en œuvre (Parcours, logistique, repas, …). Elle a également travaillé sur les thèmes EDD qui seront exploités lors du séjour : voies de communication, milieu aquatique et biodiversité, histoire du patrimoine et lecture de paysage. Puis, au retour, les élèves se sont concentrés sur la production d’un journal de bord de la semaine écoulée.

Le matériel :

Une classe mobile comptant 16 tablettes I pad Air 2. Dans la mallette se trouvent aussi une borne wifi (Airport Express) et un boitier de projection (AppleTV). Ceux-ci n’ont pas été exploités car il n’y avait de connexion Wifi dans les lieux d’arrêt. Les transmissions entre les tablettes ont été effectuées via Air drop.

La mise en œuvre en classe.

Une première rencontre, 2 semaines avant le départ, a lieu dans la classe. L’objectif est double : Amorcer la construction d’une charte d’usage des tablettes et présenter les 3 outils qui seront utilisés durant le séjour.

La charte

La classe est, tout d’abord, interrogée sur les usages personnels de la tablette. Les réponses les plus fréquentes sont les jeux et les vidéos. Les élèves comprennent vite que, dans le cadre de la classe canal, les usages seront différents. Un temps est alors consacré à la rédaction des règles d’utilisation de la tablette. Ce travail sera poursuivi lors d’une autre séance et finalisé avant le départ.

Voici les éléments présentés dans le règlement du séjour :

Utilisation des tablettes numériques prêtées:

  • Utiliser la tablette comme un instrument de travail (lecture, journal de bord…)
  • Tenir la tablette à 2 mains, même pour la donner à quelqu’un…
  • Ne pas prendre de photos des lieux et des personnes sans nécessité ou sans accord préalable.
  • Utiliser la tablette « normalement » (douceur, calme…).
  • Partager la tablette avec son binôme (alternance).

NB : « Une tablette pour un binôme = deux paires d’yeux et une seule paire de mains »…

Ne jamais « laisser » la tablette, ou donner la tablette à quelqu’un d’autre (tablette dont on a la responsabilité et l’usage), sauf à son binôme.

Il est aussi précisé plusieurs points. Durant le séjour, les élèves seront en binôme pour utiliser l’i Pad. Celui-ci est à leur disposition, ils pourront l’utiliser quand ils le jugeront nécessaire. Lors des déplacements, les tablettes seront confiées à l’adulte référent. Un temps de travail de rédaction est prévu, chaque jour en fin d’après midi.

Globalement, la charte a été globalement respectée, malgré quelques détournements ludiques (selfies, …)

Les applications

Documents 5 est une application permettant de consulter des documents de tout type (PDF, son, vidéo, …). Skitch permet de prendre des photos et de les annoter. Enfin, Book Creator est l’application utilisée pour la réalisation du cahier journal.

Après une rapide présentation, les élèves prennent un temps pour découvrir et appréhender les applications. Puis, sous forme d’exercice, ils doivent, à partir d’un sujet fictif (Le jardin potager, la salle des maître, …) commencer un brouillon de cahier journal.

La prise en main est très rapide. Tout le monde mesure assez vite ce qu’il va pouvoir en faire lors du séjour.

Lors du séjour

Recherche d’informations en situation :

Un corpus de documents, au format PDF, est à disposition sur la tablette. Ces documents, collectés par l’enseignant, ont, pour certains, fait l’objet d’un travail en classe. Lors du séjour, les encadrants demandent aux élèves de les consulter pour répondre à une question posée. Les documents servent aussi à répondre aux missions demandées aux enfants. Les élèves savent que ce corpus existe, ils s’y réfèrent de manière spontanée ou à la demande de l’enseignant.

Parole de prof : “Il y a ce coté pratique, pas besoin d’emporter 3 bouquins, un appareil photo et un ordinateur, tout est intégré”

Le plus d’une mise en œuvre individuelle ou en binôme est l’aspect moins transmissif et plus facilité par rapport à la consultation d’un unique document papier montré à l’ensemble de la classe.

Rédaction du journal de bord

Sur l’ensemble du séjour, les élèves ont des missions à accomplir. En amont de la classe canal, celles-ci ont été préparées. Chaque soir, un temps est consacré à la rédaction d’un compte-rendu. Les journées, très denses, en termes d’activités, n’ont permis qu’un résultat partiel de cette partie d’usage de la tablette. Il a donc été nécessaire de compléter les écrits produits lors de séances ultérieures.

Parole de prof : “Les élèves se mettent sur la tablette, mais ils n’ont pas l’impression de travailler”

La production d’écrits, pendant et après.

Le constat montre la nécessité de prendre du temps pour obtenir un écrit abouti. L’usage de la tablette en mobilité peut donc s’envisager ainsi : Durant le séjour, la prise de note (mots-clés)… après le séjour, ou le soir, la mise en forme ! Dans les faits, la synthèse des journaux de bord a été effectuée après la classe canal… En effet, les tablettes n’ont pu être utilisées en début séjour, la météo étant peu favorable et l’organisation trop figée au départ.

L’usage des tablettes rend ce travail plus facile, par rapport à l’utilisation du réseau de la classe. Parole de prof : “Ils ne sont pas dans le même état d’esprit que devant un ordinateur, où il faut taper un texte sur Open office et c’est “casse-pieds !””

Le travail à posteriori permet le tri des informations collectées, et la synthèse de l’essentiel. Parole du prof : “Pour certains enfants, je ne les ai jamais vu écrire autant”. La facilité d’usage permet aussi l’inverse : Si un texte est trop synthétique, il est simple de faire développer l’écrit par l’élève. Parole de prof : “Comme c’est beau, ils ont envie de faire”. Le constat montre que le volume horaire de production d’écrit a été augmenté par l’usage de la tablette (plus de 5 heures au retour du séjour)

Le travail sur l’orthographe :

La présence du correcteur d’orthographe peut perturber les élèves. Parole d’élève : “Ça met des mots qu’on veut pas !!!”. Il faudrait donc envisager d’apprendre à utiliser le correcteur pour améliorer sa propre orthographe.

Un travail d’investigation :

L’usage de la tablette permet d’exploiter au mieux le vu et l’entendu des élèves.

L’enquête permet aux élèves de répondre aux questions en référence à des éléments photographiés (images), filmés (vidéos) ou enregistrés (sons). Les élèves exploitant des éléments personnels, ils mémorisent davantage. “J’ai pris une photo. Pourquoi je l’ai prise ? De quoi je me souviens ? Est-ce que j’ai tous les éléments pour répondre à la mission ?” L’attitude est différente d’un élément commun à étudier par l’ensemble de la classe, l’investissement est plus fort. Pas de lassitude observée durant tout le temps d’utilisation des tablettes.

En mode « reportage- capture »

Un effet positif très visible : le recours à la capture in vivo permet de canaliser l’attention des élèves « sur le vif » lors des visites ou après. Pour autant, en focalisant sur l’outil, on passe à côté de certaines réalités de la visite car on est parasité par le recours à l’outil, surtout en début d’apprentissage.

D’où l’importance de réglementer davantage le recours à la tablette en mode « reportage capture » (règles d’utilisation à compléter)

Ce que je peux faire avec la tablette pendant une visite/ ce que je n’ai pas le droit de faire… Ex : je ne photographie pas mon binôme à sa demande ou pour mon plaisir… ou je ne photographie un élément que si je suis capable de trouver un mot clé associé à mon image.

Travail sur la mémorisation.

Les élèves travaillent sur des éléments personnels : “J’ai pris une photo. Pourquoi je l’ai prise ? De quoi je me souviens ? Est-ce que j’ai tous les éléments pour répondre à la mission ?” Attitude différente d’un document commun à étudier par l’ensemble de la classe, l’investissement est plus fort. Il est envisageable, pour gagner en productivité, de mixer les éléments personnels et les éléments imposés par l’enseignant, permettant ainsi de différencier les objectifs.

Le travail et la collaboration

Les applications utilisés sont motivantes car elles sont proches des usages personnels de certains élèves, et présentent surtout un caractère moins scolaire. Parole d’élève : “On peut se corriger, on peut enlever, on peut voir ce que font les autres”. A mi parcours, Il faudrait envisager un échange des productions entre élèves, pour qu’ils puissent donner leur point de vue, et ainsi favoriser l’interaction entre élèves. Ceci est plus difficile à mettre en œuvre sur PC, car le travail est désynchronisé.

Il est en outre possible de mener un travail collaboratif pour améliorer et étoffer la production : “Quels sont les éléments qui manquent ?” Partage de documents entre les élèves. Je recherche les informations, je complète mon document.

On peut insister sur le côté évolutif du travail de production d’une ressource par l’élève et également par et pour ses pairs (outil collaboratif).

«  Je suis élève, je produis pour moi mais mes productions sont des ressources accessibles aux autres qui peuvent les exploiter ou les retravailler er avec mon accord, en copie… (Un point intéressant que nous n’avons pas soulevé concernant notre micro-base de données « Open » : ai-je le droit d’exploiter des ressources, des images des documents, qui en est le propriétaire, à quelles conditions, etc.… ?…

On peut aussi limiter le recours aux artifices esthétiques « inutiles » (mise en forme, certes conviviale et ludique, mais qui a demandé beaucoup de temps parfois)

Le problème du journal de bord, c’est le côté narratif : « on a fait ça, ensuite on a vu ça, c’était génial, etc »… ou le côté égocentré… : « là je suis au musée… je vois ça… »… II y a un vrai travail à mener là-dessus… pour objectiver une ressource mutualisable. L’idée du « mémo » par page peut peut-être y contribuer.

Un dispositif de production d’écrits spécifiques pourrait être mis en place : un binôme ne travaillerait que sur le vécu d’un moment particulier de la journée, un autre sur le ressenti de ce moment (le « je » serait imposé) et un troisième sur les connaissances nouvelles acquises. Une production écrite de nature différente serait obtenue et partagée ensuite entre tous les autres binômes.

Quelques réflexions complémentaires

Tablette ou crayon et papier ?

Le choix d’utiliser des tablettes est assumé. L’objectif principal est de produire des écrits en utilisant les TICE. Les élèves ont d’autres occasions d’utiliser le crayon et le papier.

L’outil transcripteur n’est plus le même, mais l’objectif reste identique. Est-ce un frein aux gestes d’écriture ?

Le constat de fin de séjour montre que la tablette facilite la prise de notes, la recherche d’informations et la mise en forme de la production.

Nombre de tablettes et nombre d’élèves ?

Faut-il envisager que chaque élève puisse travailler sur sa propre tablette ?

Un argument pour : Le travail en binôme fait qu’un seul élève manipule la tablette. Il y a donc une possibilité laissée à l’autre élève de moins s’investir. Il faut être vigilant.

Un argument contre : Les interactions seraient moins riches si chaque élève devait travailler sur sa tablette.

Nous aurions pu imposer une alternance élève en mode « reportage- capture » d’un jour à l’autre ?… puis une alternance de la responsabilité d’un document thématique signé par l’élève et ensuite cosignée par le binôme…

Si la question est posée, c’est qu’elle interroge l’évaluation du travail des élèves. Peut-on individualiser ? Sur quels critères on évalue ? Comment mesurer l’investissement individuel dans une production collective ? Sans éluder le problème, on peut penser que la production d’écrit durant le séjour n’est pas le lieu des apprentissages, mais des réinvestissements.

On peut évaluer les acquis à postériori. Oui ! On évalue la production d’écrit à partir de ressources mises à disposition par l’enseignant.

Quelques pistes à explorer

Enregistrement d’un témoignage audio : Autre forme de documents à étudier, mis non mis en place. Plusieurs pistes possibles :

  • Les élèves enregistrent les questions à poser aux différents témoins (Travail sur l’oral)
  • Les élèves enregistrent le ou les témoins, puis exploitent à postériori les réponses.

Le reportage TV : directement en fin d’une visite, le binôme passe en mode reportage TV… L’élève réinvestit directement ce qu’il a entendu (même un détail) et son binôme immortalise la scène par une ou plusieurs petites vidéo de 20 ou 30 s …Ensuite, on retravaille le média (ou pas…). Dans tous les cas, on tient une ressource.

En amont, la préparation d’une activité : Idéalement, par exemple avant le début du séjour, on pourrait tester une activité sur un temps préalable à une visite précise : l’élève peut préparer la page de journal de bord de la visite (Exemple avec titre, couleur et 2 ou 3 questions) afin de se projeter sur la visite et les ressources non exhaustives qu’on pense devoir récupérer en fonction de besoins.

De ce fait, les images ou vidéos récoltées … deviennent des réponses brutes à des questions anticipées, à exploiter ensuite le soir ou après le séjour…

Skitch : A exploiter davantage en visite : “ Je prends un photo et je légende”

Les productions élèves :thumbnail of Classe Canal – 1thumbnail of Classe Canal – 2 thumbnail of Classe Canal – 3 thumbnail of Classe Canal – 4 thumbnail of Classe Canal – 5 thumbnail of Classe Canal – 9 thumbnail of Classe Canal – 8 thumbnail of Classe Canal – 7 thumbnail of Classe Canal – 6 thumbnail of Classe Canal – 10 thumbnail of Classe Canal – 11 thumbnail of Classe Canal – 12 thumbnail of Classe Canal – 13